10.3.15

Escapade.




































 




Certaines impressions surgissent d'un souvenir qui n'est pas le nôtre. 
J'observe la rue. Être comme dans un décor de West Side Story 
et aussi dans le presque Nord. Je me sens comme l'eau projetée  
sur la chaussée. Vivante. Toutes ses fenêtres identiques maintenues 
par un mur de briques. Leurs encadrements blancs subliment 
la lumière du jour. Celle de la nuit se perd et se mouve dans ces cadres. 

Nous n'étions pas chez nous ce week-end et j'ai adoré. 

Elle classait ses livres par couleur. Dégradés du bleu turquoise  
au jaune canari, puis du orange vitaminé au rouge carmin, blanc crème,
vert d'eau, gris souris et noir de jais.
Un soin particulier et minéral apporté 
à chaque détail comptant à mes yeux. La pierre noire, lourde, râpeuse 
portant le savon au parfum captivant. Peut-être muscade érotique 
ou cactus aphrodisiaque. L'imaginaire prend le pas qui lui est du.

J'ouvre une oreille. Le matin, les étalages se montent. 
Entrechocs métalliques, voix portantes, grincements, 
claquements des lourdes portes réfrigérées. Tout en douceur.
En journée, les passants, marchands de gouda, 
chiens de prestige tout poilus, les touristes égarés avec 
leur parapluie-boussole, 2-4-6-8 enfants, mille et un vélos, 
les marcheurs du samedi, les Mamies du Nord, leurs laveurs 
de vitres prestidigitateurs, cuisiniers gourmands. Ils sont tous là.
Le soir, cliquetis des chariots tirés dans les devantures,
voix perçantes excédées, coulis de fumée assourdissante, 
rires gras et chauds. Klaxons en goguette, les vélos reprennent 
leur territoire et nos paupières alourdies clignotent.

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